Le métier de consultant SIRH a longtemps été un peu dans l’ombre : ni vraiment IT, ni vraiment RH. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse. Avec la généralisation des suites RH (Workday, SAP SuccessFactors, Talentsoft, Sage, Cegid, etc.) et la transformation digitale des fonctions RH, la demande explose. Et pour les consultants SIRH confirmés, cela se traduit très concrètement sur les fiches de paie.
Si vous avez déjà quelques années d’expérience en SIRH, vous vous posez probablement des questions très simples :
- Quel salaire viser en tant que consultant SIRH confirmé ?
- Quelles différences entre ESN, cabinet de conseil, éditeur et poste en entreprise ?
- Quelles compétences font vraiment la différence au moment de la négociation ?
- Et, surtout, à quoi peut ressembler la suite de carrière ?
C’est exactement ce qu’on va décortiquer ici, de manière pragmatique, chiffres à l’appui.
Consultant SIRH confirmé : de qui parle-t-on exactement ?
Avant de parler salaire, il faut cadrer le périmètre. On ne met pas tout le monde dans la même case “confirmé”. D’un recruteur à l’autre, ce terme peut recouvrir des réalités très différentes.
En pratique, un consultant SIRH confirmé, c’est généralement :
- 3 à 7 ans d’expérience en SIRH (en cabinet, ESN, éditeur ou en interne côté client),
- une autonomie réelle sur un périmètre fonctionnel (paie, GTA, core RH, talents, formation, recrutement, etc.),
- la capacité à gérer un projet ou un sous-ensemble de projet : ateliers, spécifications, coordination avec la technique et la MOA, recettes, conduite du changement,
- souvent une expertise produit (Workday, SuccessFactors, Talentsoft, Lucca, Silae, ADP, etc.).
Le “junior+ qui fait un peu de paramétrage” n’est plus dans cette catégorie. Le confirmé est déjà celui ou celle vers qui on se tourne quand il y a un paramètre qui ne veut pas passer en paie le 28 du mois.
Fourchettes de salaire d’un consultant SIRH confirmé
Les rémunérations ci-dessous sont des ordres de grandeur constatés en 2024, pour un poste basé en France (hors expatriation), avec un profil confirmé.
Les écarts peuvent être significatifs selon la ville, le type de structure et la techno maîtrisée, mais les fourchettes suivantes donnent une base solide pour vous positionner.
Grilles de rémunération en ESN et cabinets de conseil
En ESN (SSII) et cabinets de conseil spécialisés ou généralistes, pour un consultant SIRH confirmé :
- Paris / Île-de-France :
- Fixe : entre 42 000 € et 55 000 € bruts annuels
- Variable / primes : 0 à 10 % du fixe, souvent indexé sur le TJM ou le taux d’occupation
- Grandes métropoles (Lyon, Lille, Bordeaux, Toulouse, Nantes…) :
- Fixe : entre 38 000 € et 50 000 €
- Variable : plus rare ou plus faible (3 à 7 % en moyenne)
Deux facteurs influencent fortement la position dans la fourchette :
- La techno : les profils Workday, SuccessFactors, Oracle HCM tirent clairement les salaires vers le haut. Un consultant confirmé très à l’aise sur ces solutions peut se rapprocher rapidement des 50–55k€, même en ayant “seulement” 4–5 ans d’expérience.
- Le rôle dans les projets : un consultant qui commence à toucher à la gestion de projet (pilotage de lot, animation de workshops complexes, relation client directe) sera mieux positionné qu’un pur exécutant.
À noter : certaines grandes ESN pratiquent des grilles salariales plutôt serrées, avec des augmentations annuelles limitées si vous ne changez pas de poste ou de grade. Le gain le plus rapide se fait souvent… en changeant de structure.
Salaire côté éditeur SIRH
Travailler directement chez un éditeur (Workday, SAP, Cegid, Lucca, etc.) est souvent perçu comme un “move” intéressant, notamment en termes de reconnaissance technique et de conditions de travail.
Pour un consultant SIRH confirmé (souvent appelé “consultant fonctionnel”, “consultant implémentation” ou “consultant produit”) :
- Fixe : entre 45 000 € et 60 000 € selon l’éditeur, la localisation et le profil
- Variable : 5 à 15 % du fixe, parfois indexé sur les projets livrés ou la satisfaction client
- Avantages : RTT, intéressement, participation, télétravail large, parfois stock-options ou actions gratuites pour certains groupes
Les éditeurs sont prêts à payer un peu plus pour des profils qui :
- connaissent déjà en profondeur leur produit (via des missions de déploiement),
- ont un discours client solide (présentation en avant-vente, ateliers de cadrage, formation utilisateurs),
- sont capables d’industrialiser les déploiements (templates, best practices, automatisation, scripts de reprise de données…).
Salaire en entreprise (côté client, DSI ou DRH)
C’est souvent le “graal” pour les consultants qui ont fait plusieurs années de projets : moins de déplacements, plus de stabilité, et un rôle plus transversal.
En entreprise, le titre varie : consultant SIRH interne, chargé de projets SIRH, chef de projet SIRH, responsable d’applications RH…
- Entreprises privées, ETI / grands groupes :
- Fixe : entre 45 000 € et 60 000 € bruts annuels pour un confirmé
- Dans certains groupes, les profils très solides peuvent monter à 65 000 € après quelques années
- Fonction publique / para-public :
- Rémunération plus étalée dans le temps, mais contrebalancée par la sécurité de l’emploi et parfois des régimes indemnitaires intéressants
Le différentiel par rapport au conseil se joue souvent sur :
- la charge de travail plus stable (moins de pics projet à 60h/semaine),
- les avantages annexes (CSE, mutuelle, retraite, congés supplémentaires),
- le fait de suivre un SIRH dans la durée plutôt que d’enchaîner les déploiements.
Ce qui fait varier le salaire… à profil “confirmé” égal
À années d’expérience similaires, on peut voir un écart de 10 à 15k€ entre deux consultants SIRH confirmés. La raison ? Quelques variables très concrètes.
La localisation
Sans surprise, Paris et l’Île-de-France paient mieux que la majorité des régions. Mais attention : le coût de la vie suit. Dans certaines métropoles régionales où le marché SIRH est dynamique (Lyon, Nantes, Toulouse), l’écart se réduit et l’équilibre vie pro / perso est souvent meilleur.
La techno et l’écosystème
Quelques exemples :
- Un consultant confirmé Workday HCM avec 5 ans d’expérience peut viser sans difficulté le haut de fourchette (55–60k€) en conseil ou éditeur.
- Un consultant sur un SIRH on-premise historique ou moins demandé aura plus de mal à tirer autant sur la corde, sauf s’il possède une expertise rare (paie ultra complexe, convention spécifique…).
La capacité à “porter” le client
Les sociétés de conseil rémunèrent mieux les profils qui :
- gèrent la relation client (comité de pilotage, reporting, arbitrages),
- peuvent encadrer des juniors,
- contribuent au business (avant-vente, réponses à appels d’offres, chiffrages).
Deux consultants ayant le même bagage technique ne seront pas payés pareil si l’un est devenu “référent produit” et visage du cabinet chez un grand client, et l’autre reste cantonné à des tâches d’exécution.
Évolutions de carrière possibles après consultant SIRH confirmé
Le SIRH n’est pas un cul-de-sac, loin de là. Une fois le cap “confirmé” atteint, plusieurs chemins s’offrent à vous.
Vers le management de projet
Naturelle pour beaucoup, l’évolution vers chef de projet SIRH ou project manager vous éloigne un peu du paramétrage au profit du pilotage :
- gestion du planning et du budget,
- coordination équipes métiers / IT / éditeur,
- animation de comités et arbitrages,
- suivi des risques et plan d’actions.
En termes de salaire, le passage chef de projet peut amener :
- en conseil : +5 à +10k€ sur le fixe en quelques années,
- en entreprise : des postes entre 55 000 € et 70 000 € selon la taille du groupe et le périmètre.
Vers l’expertise produit ou fonctionnelle
Si vous aimez le “dur” du SIRH (règles de paie, paramétrage complexe, intégrations, reporting), vous pouvez aller vers des postes de :
- expert SIRH (paie, GTA, talents, core HR…),
- référent applicatif sur une solution (par exemple “référent SuccessFactors” au niveau groupe),
- consultant senior / lead consultant chez un éditeur ou un cabinet.
Les salaires peuvent alors dépasser les 60–65k€ pour les profils très pointus, notamment dans les groupes internationaux ou les grands éditeurs.
Vers la fonction RH
Moins fréquent, mais tout à fait possible : passer du SIRH vers un rôle plus global RH :
- responsable administration du personnel & SIRH,
- HRBP avec forte coloration data / outils,
- voire, à plus long terme, des postes de DRH adjoint sur des périmètres mid-size.
Votre atout majeur ici : vous parlez le langage des outils, de la data, et vous comprenez les contraintes du terrain. Dans un monde RH de plus en plus piloté par les chiffres, c’est un vrai différenciateur.
Les compétences les plus recherchées chez un consultant SIRH confirmé
On pourrait croire que, pour augmenter son salaire, il suffit d’empiler les certifications outils. Utile, mais loin d’être suffisant. Les employeurs cherchent un mix très spécifique chez les profils confirmés.
Compétences techniques et fonctionnelles clés
- Maîtrise d’au moins un SIRH majeur : Workday, SAP SuccessFactors, Oracle HCM, Talentsoft, ADP, Silae, Lucca, Cegid, etc.
- Compréhension des processus RH : paie, gestion des temps, recrutement, évaluation, formation, mobilité, on/offboarding.
- Paramétrage et recette : capacité à traduire un besoin métier en règles configurées, à construire des jeux de tests pertinents, à sécuriser une mise en production.
- Notions d’intégration : flux entre SIRH et compta, interfaces avec badgeuses, outils de BI, ATS, plateformes de formation…
- Culture data RH : indicateurs clés (turn-over, absentéisme, masse salariale, etc.), qualité de données, reporting.
Les profils capables de comprendre “ce qu’il se passe derrière” (API, webservices, mapping de données) sans être développeurs sont particulièrement appréciés.
Compétences transverses (soft skills) qui pèsent dans le salaire
Sur un profil confirmé, c’est souvent ce qui fait la différence en entretien… et sur la fiche de paie.
- Pédagogie et vulgarisation : expliquer un sujet technique à un DRH pressé ou à un manager peu à l’aise avec l’outil.
- Capacité à challenger le besoin : ne pas prendre pour argent comptant le cahier des charges, proposer des alternatives réalistes.
- Gestion des conflits / résistances : un SIRH touche aux organisations, donc aux habitudes et parfois aux egos.
- Priorisation : savoir dire “non, pas maintenant” à certaines demandes pour sécuriser le projet global.
- Qualités rédactionnelles : spécifications claires, supports de formation, comptes-rendus lisibles…
Un consultant qui coche ces cases peut se vendre comme un réducteur de risque projet. Et ça, côté employeur, ça s’achète.
Comment négocier efficacement son salaire de consultant SIRH confirmé
Arrivé au stade “confirmé”, on ne négocie plus seulement “en fonction des années d’expérience”. Vous avez des cartes bien plus concrètes à jouer.
- Mettez en avant les résultats, pas seulement les tâches :
- “Déploiement de SuccessFactors Performance & Goals sur un périmètre de 4 000 collaborateurs, dans les délais et avec un taux d’adoption de 85 %.”
- “Industrialisation d’un template de paie permettant de diviser par 2 le temps de paramétrage pour chaque nouveau pays.”
- Capitalisez sur les techno rares ou en tension :
- Si vous êtes certifié Workday ou SuccessFactors, ne laissez pas cette info en bas de page de votre CV.
- Arrivez avec un benchmark :
- S’appuyer sur des études de marché (APEC, cabinets de recrutement, enquêtes sectorielles) montre que vous êtes informé et réaliste.
- Négociez aussi les “à-côtés” :
- télétravail, budget formation (certifs produit, gestion de projet), jours de congés, primes de performance, mobilité interne.
Un conseil que j’ai vu fonctionner plus d’une fois : plutôt que de demander un chiffre en l’air, positionnez-vous clairement dans une fourchette argumentée (“Au vu de mon expérience sur Workday HCM, des responsabilités de pilotage projet déjà exercées et des pratiques du marché, j’estime légitime d’être positionné entre 50 et 55k€.”).
Faut-il rester consultant SIRH ou passer côté client ?
La fameuse question qui revient autour du 5e ou 6e anniversaire de carrière. Il n’y a pas de réponse universelle, mais quelques repères utiles.
Rester consultant / en cabinet / chez un éditeur, c’est pour vous si :
- vous aimez enchaîner les projets et changer de contexte régulièrement,
- vous aimez le côté “intensité” du conseil (pics d’activité, go-live, ateliers en série),
- vous voulez pousser une expertise produit très pointue.
Passer côté client fait souvent sens si :
- vous cherchez davantage de stabilité et de prévisibilité dans votre charge,
- vous avez envie de suivre un SIRH dans la durée, avec des itérations successives plutôt que des déploiements en mode commando,
- vous voulez progressivement monter vers des postes de management RH ou SI.
Financièrement, le passage côté client ne signifie pas nécessairement une baisse de régime, surtout si vous visez des groupes structurés. Sur le moyen terme, les progressions peuvent même être plus régulières.
Au fond, la bonne question à se poser est : préférez-vous être “expert / pompier de luxe” sur plusieurs terrains ou “architecte / jardinier” d’un même écosystème RH sur le long terme ?
Dans les deux cas, le marché actuel reste très porteur pour les consultants SIRH confirmés. Avec le bon mix techno / process / soft skills, votre marge de manœuvre sur les salaires et les trajectoires de carrière est loin d’être négligeable.